Du nouveau du côté de l’Education Nationale?

Vincent Peillon, ministre de l’Education Nationale, a adressé la semaine dernière une lettre à tous les personnels enseignants afin de leur présenter l’esprit de la loi pour la refondation de l’Ecole, qui sera présentée en conseil des ministres fin janvier, et potentiellement votée par le parlement dans la foulée.

A l’affut des moindres évolutions de la politique ministérielle vis à vis de la place des nouvelles technologies dans l’enseignement, j’ai lu attentivement cette lettre, et il me semble qu’elle mériterait qu’on lui donne plus d’écho.

Un petit historique, tout d’abord.

Depuis 2006,  les nouvelles technologies avaient une place dans les programmes scolaires, puisque les élèves devaient atteindre le niveau « B2i » à l’issue de leur scolarité primaire. Cela avait été institué par Gilles de Robien en même temps que le « socle commun de connaissances et de compétences », dont l’objectif était de définir les compétences « a minima » que devaient maîtriser les élèves sortant du cycle de scolarité obligatoire.

La distribution des « passeports de compétences » du B2i aux élèves de cycle 3 avait marqué un premier tournant important dans la prise en compte du numérique non plus seulement comme un vecteur de connaissances, mais aussi comme un domaine de connaissances à part entière. Un assez grand nombre de développements ayant eu lieu durant  les 5 dernières années ont porté sur l’éthique de l’élève-internaute et la prévention des comportements à risque. Cela reflète dans une certaine mesure les craintes qu’inspire l’entrée des nouvelles technologies dans l’école.

Si la maîtrise d’outils informatiques avait désormais sa place dans les programmes, les nouvelles technologies étaient loin d’être utilisées couramment dans les établissements. L’utilisation d’ordinateurs en « fond de classe » ou l’institution d’une « salle informatique » dans un établissement relevait généralement d’initiatives individuelles, et de moyens hasardeux (dons des parents, subventions liées à un statut d’établissement en ZEP ou en zone rurale…), mais pas d’une politique volontariste et globale.

Les IUFM, de leur côté, commençaient à mettre en place une formation des enseignants au numérique, lorsqu’ils ont été fermés. Les Master qui ont pris le relais ne semblent pas accorder une grande place aux nouvelles technologies. Il faut dire que l’on considère souvent les jeunes professeurs comme des « digital natives ». Cela ne justifie pas, à mes yeux, de ne pas les former aux utilisations du numérique en classe : ce n’est pas parce que l’on parle français en tant que natif que l’on n’a pas besoin de développer des compétences en didactique du français !

En février 2010 est paru un rapport  du député Jean-Michel Fourgous, intitulé « Réussir l’école numérique ». Il soulignait le retard pris par la France sur ses voisins européens en matière d’utilisation des ordinateurs en classe, et suggérait plusieurs pistes pour développer cette utilisation.

Venons-en à présent à notre lettre de Vincent Peillon, et à ce qu’elle annonce pour l’avenir.

Vincent Peillon met l’accent sur le développement de « l’enseignement numérique ». Il parle de l’ »institution par la loi d’un service public de l’enseignement numérique »,  et du « développement de l’enseignement par le numérique et de l’enseignement au numérique » (les italiques sont de lui). Voilà le numérique définitivement considéré comme un domaine d’enseignement. Et un domaine qui devrait faire son entrée dans les futurs établissements de formation des maîtres qui seront mis en place si la loi est votée.

Dans une interview donnée le 9 décembre au Journal du Dimanche, le ministre explicite : « Cela passe, bien sûr, par la formation de nos enseignants aux usages des outils numériques. Mais pas seulement. Par exemple, nous travaillons également au développement d’un service public numérique d’aide aux devoirs. »

Voilà qui est intéressant, et même révolutionnaire. Des services en ligne à l’éducation nationale ? A suivre…